LETTRE DE JANVIER

 

L’ÉDITORIAL : Plaidoyer pour la Transition

 

Dans les tout derniers jours de l’année passée, de nombreux chroniqueurs s’en s’ont donné à cœur joie pour critiquer les Cassandre qui, prétendument, avaient annoncé la fin du monde. Forts de ce qu’il ne s’était rien passé de particulier le 21 décembre 2012, certains ont poussé l’avantage plus loin en proclamant qu’il fallait donc continuer sur le même modèle. Et de répéter à l’envi le credo de la croissance, par exemple.

 

Il n’empêche, la fameuse « fin » du calendrier Maya pourrait correspondre non pas à un cataclysme, mais au passage d’un cycle long à un autre, non pas à la fin du monde, mais à la fin d’un monde, ce qui implique une période transitoire. Et voilà le mot lâché : Transition.

 

Que l’on soit versé ou non dans ce type de considérations plus ou moins ésotériques, force est de constater les nombreux changements, parfois très rapides, que vit notre société.

 

Dans cette société caractérisée par des dépenses énergétiques colossales, issues principalement des hydrocarbures, la seule reconnaissance du pic pétrolier ouvre des perspectives inédites sur notre avenir et l’obligation de reconsidérer notre modèle de développement.

 

Beaucoup ne s’y trompent pas, qui observent les différents bouleversements un peu partout dans le monde et mettent un nom sur ces événements. C’est ainsi que le mot « transition » a fait florès, décliné selon les circonstances en :

 

  • transition démographique, pour décrire la relative stabilisation, à terme, des populations dans les  pays accédant au modèle de développement occidental

 

  • transition démocratique, pour caractériser les mouvements des peuples en vue de se  réapproprier - au moins en partie - le pouvoir

 

  • transition énergétique, pour décrire l’inéluctable passage d’une économie carbonée à une économie véritablement durable

 

  • transition écologique enfin, pour désigner le train de mesures à mettre en place afin de respecter les nouvelles contraintes, auxquelles l’État et les collectivités territoriales tentent avec difficultés de se conformer

 

Dans le champ de l’action citoyenne, le mouvement des Villes en Transition propose une approche pragmatique, sur la base d’un diagnostic simple. Pour peu que ce diagnostic soit accepté, -la fin prévue du pétrole et les changements climatiques vont bouleverser notre organisation-, les solutions à mettre en place se trouvent localement et collectivement, en fonction des spécificités du lieu. La formule d’Ellul « Penser globalement, agir localement » a rarement résonné avec autant d’écho.

 

Tout au long de cette année, l’Université Populaire de l’Environnement vous invite, événement après événement, à suivre le fil conducteur de la transition et à découvrir sa cohérence.

 

Bonne lecture et à bientôt

 

François Bouchet

Co-animateur de l’UPE

 

1. DÉTAILS DES ÉVÉNEMENTS À VENIR

 

Vendredi 1er  février 2013, à 19h, MNE, Bordeaux*.

 

CONFERENCE-DEBAT

 

La gestion des déchets, affaire de chacun.

Plaidoyer pour une transition

avec Alain Blanc

membre du « Collectif Déchets Girondin » et de « Gironde en Transition »

 

Les déchets sont le stade ultime dans notre économie de consommation. Leur gestion est-elle vraiment un problème insurmontable ou y a-t-il des solutions ?

 

Comment, dans notre société, réduire notoirement et rapidement la quantité de déchets que nous produisons ? Par un changement de comportement individuel certes, mais aussi par exemple grâce à une taxation incitative : la RI pour Redevance Incitative.

 

Comment passer d’une société produisant au total plus de sept tonnes** de déchets par an et par personne, à une société zéro déchet ? Une solution possible autour de la notion de territoire en transition.

 

Si ce sujet vous intéresse, venez nous rejoindre nombreux à la MNE*. S’appuyant par un diaporama conçu par le Collectif Déchets Girondin, Alain Blanc nous présentera entre autres la redevance incitative ainsi que la collecte en levée ou pesée embarquée qui permet de payer ses déchets en fonction de leur poids ou leur volume. Après cette présentation des enjeux et des solutions techniques, nous échangerons sur la manière de les faire évoluer favorablement.

 

A vendredi prochain !

 

* Maison de la Nature et de l’Environnement Bordeaux-Aquitaine 3 Rue de Tauzia, Bx.

** Chiffres de 2006 : les 3/4 sont des déchets des BTP, mais il reste environ 150 kg de déchets dangereux et 1400 kg d’autres déchets.

 

Mardi 5  février 2013, à 19h, MNE, Bordeaux*.

 

Suite au lancement d’un groupe de lecture de La Revue Durable, l'Université Populaire de l'Environnement de la MNE Bordeaux-Aquitaine vous propose pour la seconde fois de nous réunir pour échanger sur une sélection d'articles. Cette rencontre, s’articulera autour du dossier n°47 de LaRevueDurable  et portera spécifiquement sur le thème suivant :

 

Charbon, gaz de schiste, nucléaire :

de l’opposition à une politique alternative de l’énergie.

 

avec Jean-Jacques Sabaloue

ingénieur logiciel, membre du « groupe de lecture LaRevueDurable »

 

À l’heure du pic pétrolier et des questionnements sur l’avenir du nucléaire, le mix énergétique de la Pologne pourrait facilement s’orienter vers le charbon, dont le pays est richement doté. Pourtant, des groupes sociaux poussent à l’inverse à laisser charbon et gaz de schiste sous terre et à prôner l’utilisation d’énergies renouvelables. Retour sur les motivations de ceux qui animent ce mouvement.

 

* Maison de la Nature et de l’Environnement Bx-Aquitaine, 3 Rue de Tauzia, Bordeaux.

Mardi 19  février 2013, à 18h, Salle Roger Cohé, Cinéma Jean Eustache, Pessac centre*.

 

CONFERENCE-DEBAT

Organisée en partenariat avec Le Café Économique de Pessac

 

La Fin du Pétrole ?

 

Intervenant Benoît Thévard

ingénieur indépendant dans le domaine de l’énergie,

expert reconnu pour la question du pic pétrolier

membre du mouvement « Villes en transition »

Modérateur Henry Fournier,

Vice-président du Café Économique de Pessac

 

La fin du pétrole est-elle une réalité ? Est-ce pour bientôt ? Est-ce grave ? Quelles peuvent être les conséquences sur notre mode de vie ? Y a-t-il des énergies de substitution crédibles ? Si non, ou si partiellement seulement, que peut-on faire ?

 

Déroulement de la soirée :

- situation énergétique actuelle (notamment hydrocarbures) et point sur les alternatives

- notre dépendance à l’énergie (cas de l’alimentation)

- avenir, priorités, résilience territoriale

- échanges avec la salle

 

Benoît Thévard, qui a travaillé sur le thème du pic pétrolier et de la résilience** des territoires, nous apportera un éclairage sur toutes ces questions et modestement, quelques éléments de réponses.

 

NB : Les conférences constituant une part significative du temps et des revenus de notre intervenant, une participation aux frais sera demandée en fin de réunion, à qui le souhaite.

 

*  Cinéma Jean Eustache, Place de la 5ème République, Pessac Centre

** La résilience, capacité à surmonter un choc, est un concept clé de la Transition.

 

Mardi 26  février 2013, à 20h, Grand Café de l’Orient, Libourne, esplanade F.Mitterrand.

 

CONFERENCE-DEBAT

avec Simon Charbonneau

universitaire, spécialiste du droit de l’environnement

autour de son dernier ouvrage :

 

L’IMPOSSIBLE NOSTALGIE :

L’effondrement de l’idéologie du progrès

 

La crise économique de 2008, accompagnée d'une série de catastrophes écologiques dont celle spectaculaire de Fukushima, a permis de révéler la profondeur du changement que vit aujourd'hui l'humanité : l'effondrement des illusions progressistes.

 

Avec la prise de conscience collective de la crise écologique et de la dégradation constante du contexte économique et social, l'heure n'est plus aux lendemains qui chantent.

 

La nostalgie repose toujours sur une idéalisation du passé qui tourne le dos à toute construction possible d'un avenir positif.

 

Comme cela a toujours été le cas dans l'histoire de l'humanité, l'esprit doit continuer à dominer la matière et la liberté être revendiquée face au fait social pour donner un sens au relatif qui caractérise la condition humaine à laquelle nous ne pouvons échapper.

 

Le propos de ce livre est de mener une réflexion sur la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui l'humanité après les années d'illusion progressiste.


Vendredi 5 avril 2013, 19h30, Salle Georges Brassens, Saint-Médard en Jalles*.

 

CONFERENCE-DEBAT

Organisée par Saint Médard en transition en partenariat avec Gironde en Transition

DANS LE CADRE DE LA SEMAINE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

 

Consommation et croissance : les limites de la planète

 

avec François Bouchet

éco-conseiller, chargé de mission pour l’association l’Astragale

membre des collectifs « Gironde en Transition » et « Libournais en Transition »

 

En 1972, suite à une commande passée deux ans plus tôt par le Club de Rome, un groupe de chercheurs du Massachussets Institute of Technology (MIT) publiait un rapport connu en France sous le titre « Halte à la croissance ? ».

 

Le rapport a été très mal accueilli à l’époque et a fait l’objet de critiques parfois virulentes. Depuis, la question de la limite de la croissance est restée taboue dans le monde de l’économie. Pourtant cette notion de limites a été mise en évidence, notamment dans notre mode de consommation et par les déchets qu’il génère.

 

Nos habitudes de consommation sont-elles soutenables ? Si non, pourquoi ? Et quelles sont les conséquences prévisibles ? Comment peut-on y remédier ?

 

Autant de questions auxquelles nous tenterons modestement et collectivement de fournir des  éléments de réponses.

 

* Avenue Anatole France, 33160 St Médard en Jalles

 

Mardi 16 avril 2013, Librairie La Machine à Lire, de 18 à 19h30 ; Cinéma UTOPIA, 20h30

 

avec Philippe Baqué journaliste, coordinateur de l’ouvrage « La bio entre business et projet de société »

Silvia Perez-Vitoria, socio-économiste, réalisatrice : « Les mandarines et les Olives ne tombent pas du ciel »  

 

18 H : PRESENTATION DU LIVRE « LA BIO ENTRE BUSINESS ET PROJET DE SOCIÉTÉ »

« La grande distribution propose des produits bio importés du bout du monde, à l’empreinte écologique catastrophique, cultivés par des ouvriers sous-payés et revendus plusieurs fois leur prix d’achat. Pendant ce temps, des paysans vendent leurs produits bio, avec une réflexion sur un prix juste, sur des marchés de plein vent ou en Amap.Plutôt qu’une démarche indissociablement écologique, sociale et politique, peut-on réduire la bio à une distribution d’aliments sans pesticides pour consommateurs inquiets de leur santé ? La bio peut-elle se mettre au service du “bien-être” d’une partie de la population sans ébranler les fondements de la société de consommation ? »

Ce livre est le fruit du travail de journalistes, sociologues, agronomes et paysans. Certains ont mené des enquêtes de en Amérique, en Afrique, au Proche-Orient et en Europe ; d’autres se sont inspirés de leurs pratiques. Le tout constitue une critique du «bio-business» mais montre surtout comment des paysans mettent en pratique les principes fondamentaux de l’agriculture bio et proposent des alternatives à un modèle de société destructeur.


20H30 : Film documentaire suivi d’un débat.

 « LES MANDARINES ET LES OLIVES NE TOMBENT PAS DU CIEL » 

 

En mars 2011, une délégation composée de membres de syndicats paysans, de syndicats d’ouvriers agricoles et d’associations enquêtent en Calabre sur la situation des migrants qui travaillent dans l’agriculture. L’occasion de s’interroger sur le type d’agriculture que se dessine en Europe et d’organiser des résistances pour défendre une agriculture paysanne.

Dans un esprit résolument optimiste, le débat portera sur les solutions alternatives au modèle dominant.


2. LE SITE DE L’UNIVERSITE POPULAIRE DE L’ENVIRONNEMENT…

 

…est toujours en cours de construction. Nous vous prions donc d’être indulgents pour la légèreté de son contenu et les quelques incohérences dues à son jeune âge. Vous le trouverez à l’adresse suivante : upeaquitaine.org

 

Vous y trouverez les principales données concernant nos actions passées ou à venir, le cas échéant les renseignements sur les ouvrages servant de support et leurs auteurs, ainsi que des liens permettant d’enrichir les différents sujets.

 

A moyen terme, y seront disponibles les archives complètes des interventions, y compris des vidéos dès que possible et les liens vers nos différents partenaires.

 

Ce site est notre site à tous. N’hésitez pas à laisser vos suggestions pour l’améliorer, dans l’esprit de simplicité qui doit le caractériser : upeaquitaine.org/contact/.  Merci.

 

Et si vous avez quelque compétence dans le domaine de l’informatique, et un peu de peu à donner, votre aide sera la bienvenue.

 

3. UN BLOG REVUE DE PRESSE…

 

… est toujours prévu pour rentrer en fonction début 2013, avec pour objectif de donner une suite à l’actuel blog ( http://mneaquitaine.wordpress.com/ ) arrivé à saturation. Il viendra ainsi compléter le site de l’Université Populaire de l’Environnement et fera vivre à nouveau l’indispensable revue de presse.

 

4. EVENEMENTS ET INFORMATIONS DIVERSES

 

Nous vous conseillons aussi de vous référer également à Démosphère Gironde, agenda web indépendant. Outil collaboratif, son utilité dépend de notre implication.

 

Les autres évènements prévus par l’Université Populaire de l’Environnement d’ici au printemps, ainsi que les correctifs éventuels, feront l’objet d’une prochaine Lettre courant février. 

 

5. LES VOEUX 2013 D’EDGAR MORIN

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/01/en-2013-il-faudra-plus-encore-se-mefier-de-la-docte-ignorance-des-experts_1811813_3232.html

Le Monde – 1er janvier 2013

En 2013, il faudra plus encore se méfier de la docte ignorance des experts

Par Edgar Morin, sociologue et philosophe

Hélas, nos dirigeants semblent totalement dépassés : ils sont incapables aujourd'hui de proposerun diagnostic juste de la situation et incapables, du coup, d'apporterdes solutions concrètes, à la hauteur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oligarchie intéressée seulement par son avenirà court terme avait pris les commandes." (Manifeste Roosevelt, 2012.)

"Un diagnostic juste"suppose une pensée capable de réunir et d'organiser les informations et connaissances dont nous disposons, mais qui sont compartimentées et dispersées.

Une telle pensée doit être consciente de l'erreur de sous-estimer l'erreur dont le propre, comme a dit Descartes, est d'ignorer qu'elle est erreur. Elle doit être consciente de l'illusion de sous-estimer l'illusion. Erreur et illusion ont conduit les responsables politiques et militaires du destin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Staline à faire confiance à Hitler, qui faillit anéantir l'Union soviétique.

Tout notre passé, même récent, fourmille d'erreurs et d'illusions, l'illusion d'un progrès indéfini de la société industrielle, l'illusion de l'impossibilité de nouvelles crises économiques, l'illusion soviétique et maoïste, et aujourd'hui règne encore l'illusion d'une sortie de la crise par l'économie néolibérale, qui pourtant a produit cette crise. Règne aussi l'illusion que la seule alternative se trouve entre deux erreurs, l'erreur que la rigueur est remède à la crise, l'erreur que la croissance est remède à la rigueur.

L'erreur n'est pas seulement aveuglement sur les faits. Elle est dans une vision unilatérale et réductrice qui ne voit qu'un élément, un seul aspect d'une réalité en elle-même à la fois une et multiple, c'est-à-dire complexe.

Hélas. Notre enseignement qui nous fournit de si multiples connaissances n'enseigne en rien sur les problèmes fondamentaux de la connaissance qui sont les risques d'erreur et d'illusion, et il n'enseigne nullement les conditions d'une connaissance pertinente, qui est de pouvoir affronter la complexité des réalités.

Notre machine à fournir des connaissances, incapable de nous fournir la capacité de relier les connaissances, produit dans les esprits myopies, cécités. Paradoxalement l'amoncellement sans lien des connaissances produit une nouvelle et très docte ignorance chez les experts et spécialistes, prétendant éclairer les responsables politiques et sociaux.

Pire, cette docte ignorance est incapable de percevoir le vide effrayant de la pensée politique, et cela non seulement dans tous nos partis en France, mais en Europe et dans le monde.

Nous avons vu, notamment dans les pays du "printemps arabe", mais aussi en Espagne et aux États Unis, une jeunesse animée par les plus justes aspirations à la dignité, à la liberté, à la fraternité, disposant d'une énergie sociologique perdue par les aînés domestiqués ou résignés, nous avons vu que cette énergie disposant d'une intelligente stratégie pacifique était capable d'abattre deux dictatures. Mais nous avons vu aussi cette jeunesse se diviser, l'incapacité des partis à vocation sociale de formuler une ligne, une voie, un dessein, et nous avons vu partout de nouvelles régressions à l'intérieur même des conquêtes démocratiques

Ce mal est généralisé. La gauche est incapable d'extraire de ses sources libertaires, socialistes, communistes une pensée qui réponde aux conditions actuelles de l'évolution et de la mondialisation. Elle est incapable d'intégrer la source écologique nécessaire à la sauvegarde de la planète. Les progrès d'un vichysme rampant, que nulle occupation étrangère n'impose, impose dans le dépérissement du peuple républicain de gauche la primauté de ce que fut la seconde France réactionnaire.

Notre président de gauche d'une France de droite ne peut ni retomber dans les illusions de la vieille gauche, ni perdre toute substance en se recentrant vers la droite. Il est condamné à un "en avant". Mais cela nécessite une profonde réforme de la vision des choses, c'est-à-dire de la structure de pensée. Cela suppose, à partir d'un diagnostic pertinent, d'indiquer une ligne, une voie, un dessein qui rassemble, harmonise et symphonise entre elles les grandes réformes qui ouvriraient la voie nouvelle.

Je dégagerais ce que pourrait être cette ligne, cette voie que j'ai proposée aussi bien dans La Voie que dans Le Chemin de l'espérance, écrit en collaboration avec Stéphane Hessel (Fayard, 2011).

Je voudrais principalement ici indiquer que l'occasion d'une réforme de la connaissance et de la pensée par l'éducation publique est aujourd'hui présente. Le recrutement de plus de 6000 enseignants doit permettre la formation de professeurs d'un type nouveau, aptes à traiter les problèmes fondamentaux et globaux ignorés de notre enseignement : les problèmes de la connaissance, l'identité et la condition humaines, l'ère planétaire, la compréhension humaine, l'affrontement des incertitudes, l'éthique.

Sur ce dernier point, l'idée d'introduire l'enseignement d'une morale laïque est à la fois nécessaire et insuffisante. La laïcité du début du XXe siècle était fondée sur la conviction que le progrès était une loi de l'histoire humaine et qu'il s'accompagnait nécessairement du progrès de la raison et du progrès de la démocratie.

Nous savons aujourd'hui que le progrès humain n'est ni certain ni irréversible. Nous connaissons les pathologies de la raison et nous ne pouvons taxer comme irrationnel tout ce qui est dans les passions, les mythes, les idéologies.

Nous devons revenir à la source de la laïcité, celle de l'esprit de la Renaissance, qui est la problématisation, et nous devons problématiser aussi ce qui était la solution, c'est-à-dire la raison et le progrès.

La morale alors ? Pour un esprit laïque, les sources de la morale sont anthropo-sociologiques. Sociologiques : dans le sens où communauté et solidarité sont à la fois les sources de l'éthique et les conditions du bien-vivre en société. Anthropologiques dans le sens où tout sujet humain porte en lui une double logique : une logique égocentrique, qui le met littéralement au centrede son monde, et qui conduit au "moi d'abord" ; une logique du "nous", c'est-à-dire du besoin d'amour et de communauté qui apparaît chez le nouveau-né et va se développer dans la famille, les groupes d'appartenance, les partis, la patrie.

Nous sommes dans une civilisation où se sont dégradées les anciennes solidarités, où la logique égocentrique s'est surdéveloppée et où la logique du "nous" collectif s'est "sous-développée". C'est pourquoi, outre l'éducation, une grande politique de solidarité devrait être développée, comportant le service civique de solidarité de la jeunesse, garçons et filles, et l'instauration de maisons de solidarité vouées à secourir les détresses et les solitudes.

Ainsi, nous pouvons voir qu'un des impératifs politiques est de tout faire pour développer conjointement ce qui apparaît comme antagoniste aux esprits binaires : l'autonomie individuelle et l'insertion communautaire.

Ainsi, nous pouvons voir déjà que la réforme de la connaissance et de la pensée est un préliminaire, nécessaire et non suffisant, à toute régénération et rénovation politiques, à toute nouvelle voie pour affronter les problèmes vitaux et mortels de notre époque.

Nous pouvons voir que nous pouvons commencer aujourd'hui une réforme de l'éducation par introduction de la connaissance des problèmes fondamentaux et vitaux que chacun doit affronter comme individu, citoyen, humain.


 

MIS À JOUR LE  17/03/16