FUKUSHIMA NOUS REVEILLERA-T-IL ?

Après Fukushima*, deux évidences et une question s’imposent.

 

La première évidence, c’est que nous paraissons enfin comprendre que le nucléaire est une industrie où, quelles que soient les précautions prises, en France comme au Japon, un évènement catastrophique est de l’ordre du possible, si ce n’est du probable. Les modèles mathématiques ne savent intégrer ni la catastrophe naturelle, ni l’erreur humaine et ne sont pas infaillibles.

 

Ce risque demande donc que la sureté et la sécurité des centrales ne dépendent pas seulement de l’avis des experts, mais relèvent de la responsabilité assumée des pouvoirs publics et d’un débat citoyen informé. Le risque pris doit être clairement accepté ou refusé par la société. Cela renvoie donc au débat démocratique.

 

La seconde évidence, c’est que le système énergétique – et la place qu’y occupe l’atome – est devenu un débat politique central dans un monde qui doit avoir – entre autres contraintes – divisé par deux ses émissions de carbone dans la première moitié de ce siècle, pour se donner une chance de contenir le changement climatique dans des limites supportables. Un monde où l’Agence Internationale de l’Energie vient de nous informer que le pic du pétrole conventionnel avait été franchi en 2006. C’est-à-dire un monde où le temps de l’énergie rare et chère est advenu, avec un modèle économique qui repose sur son contraire, une énergie disponible et bon marché.

 

Ce débat porte en lui celui, plus large, du contenu et des modalités de la transition vers un autre modèle de production et de consommation. En particulier du partage équitable de ses coûts et de ses bénéfices entre riches et pauvres, à l’échelle mondiale comme locale.

 

Nous ne pourrons nous dispenser d’efforts considérables pour mener à bien la nécessaire conversion écologique et sociale de nos économies. Ce changement est d’autant plus difficile à mettre en œuvre que la fuite en avant dans une consommation toujours croissante et le déni de réalité qui l’accompagne, nous empêchent de passer de la prise de conscience de ces évidences aux actes.

 

La question centrale est donc : Fukushima nous réveillera-t-il ?



 * Texte largement inspiré de l’éditorial de l’excellent numéro spécial d’Alternatives Internationales – L’état de la terre 2011 - Mai 2011

 

MIS À JOUR LE  17/03/16